Profit | Séries » 20th Television

Publie le 13 septembre 2022

Dans les années 1990, la chaîne FOX était connue pour ses programmes destinés à attirer les adolescents et les jeunes adultes : Beverly Hills 90210, Melrose Place, Ally McBeal, X-Files : Aux Frontières du Réel, La Vie à Cinq, That ‘70s Show. C’était une période marquée par de nombreuses séries dramatiques ou comiques devenues cultes, qui lui ont permis de se mesurer aux autres networks (ABC, NBC, CBS). D’autres, plus discrètes, ont malgré tout réussi à se faire une place dans le coeur du public : Millenium, Sliders, Les Mondes Parallèles, Martin. Parmi elles, Profit fait partie de ces séries qui, malgré un destin bref et cruel, ont marqué les esprits par ses thèmes très sombres, son héros glacial et calculateur et son écriture cynique et visionnaire. Considérée comme trop en avance sur son temps, elle a ouvert la voie à de multiples dramas mettant en scène des personnages multidimensionnels et controversés : House, Dexter, Les Soprano, Nip/Tuck, Mad Men ou encore Breaking Bad. En seulement huit épisodes, Jim Profit s’est imposé comme l’un des plus grands antagonistes de l’histoire de la télévision.

Profit est avant tout une idée originale de John McNamara et David Greenwalt. L’un s’est fait connaître en travaillant sur Loïs et Clark, Les Nouvelles Aventures de Superman, tandis que l’autre a collaboré avec Stephen J. Cannell, célèbre scénariste derrière pléthore de séries cultes de l’époque, de L’Agence Tous Risques à 21 Jump Street, en passant par Rick Hunter et Les Dessous de Palm Beach. Les deux hommes font connaissance lors d’une réunion organisée par la chaîne NBC au cours de laquelle différents pilotes sont proposés aux dirigeants des networks pour leurs prochaines grilles de programme. Enchantés par cette rencontre, ils se promettent de travailler ensemble à l’avenir sur un futur projet de série télévisée. C’est en assistant à une répétition de la pièce Richard III avec en tête d’affiche le grand Ian McKellen, qui n’était pas encore Magneto des X-Men ni Gandalf du (Le) Seigneur des Anneaux, que McNamara a une révélation. En s’inspirant du personnage principal de la tragédie de Shakespeare, il imagine un héros sournois et détestable, avide de pouvoir et sociopathe, qui ne rentre pas dans les codes des séries du moment.

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Après que McNamara a incité Greenwalt à le rejoindre sur ce projet de Richard III moderne, se pose la question de savoir dans quel environnement va évoluer ce personnage et ce que la série doit raconter. Pour s’éloigner des feuilletons habituels, les créateurs souhaitent orienter leur récit dans le milieu professionnel et en particulier les grandes entreprises et le capitalisme. Pour cela, ils s’inspirent de films comme Wall Street d’Oliver Stone pour le cadre spatio-temporel, et du roman American Psycho de Bret Easton Ellis, narrant le parcours meurtrier d’un jeune homme d’affaires séduisant et psychopathe, pour le personnage principal. Ils ajoutent également certains détails relatés dans le livre Whoever Fights Monsters du profileur Robert Ressler. Ils y empruntent la description d’un tueur en série, maltraité et abusé par ses parents dans sa jeunesse, élevé dans une boîte en carton jusqu’à ses deux ans avec la télévision pour seule compagnie et ses parents lui jetant de la nourriture. David Greenwalt et John McNamara donnent naissance à un monstre : Jim Profit.


Jeune cadre dynamique tout juste engagé au sein de la prestigieuse entreprise familiale Gracen & Gracen, spécialisée dans la finance, Jim Profit est un homme propre sur lui, aux ambitions démesurées. Souhaitant devenir patron de la firme, il gravit peu à peu les échelons et pour atteindre ses objectifs, il emploie les méthodes les plus extrêmes : chantage, mensonge, corruption, manipulation, tromperie. Laissant derrière lui quelques cadavres et familles brisées, Jim Profit est un homme froid, hypocrite, dangereux, calculateur et machiavélique. N’ayant ni scrupule ni morale, il ne connaît que les notions de “gagner” et “perdre” en lieu et place du bien et du mal. En véritable sociopathe, il est prêt à tout pour écraser ceux qui ont le malheur de se dresser sur son chemin et prendre leur place, jusqu’à atteindre le sommet et prendre la tête de l’entreprise. Seuls Joanne Meltzer, responsable de la sécurité chez Gracen & Gracen, méfiante et paranoïaque, et Jack Walters, président des acquisitions, se méfient de Profit et comptent bien le démasquer et l’arrêter avant qu’ils ne détruisent tout le monde. Un jeu d’échecs s’installe entre eux et Jim Profit, chacun cherchant à trouver les failles de son adversaire pour mieux l’anéantir.

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Encensée par la critique, Profit a pourtant connu un parcours contradictoire. Populaire en Europe, boudée dans son pays d’origine, elle est apparue trop tôt dans le paysage télévisuel et n’a pas eu le temps de se faire une place dans le cœur du public. La série est néanmoins précurseure sur différents points, à des années-lumière des standards de la télévision. Jim Profit était le premier vrai antagoniste à être introduit comme étant le personnage principal d’une série diffusée sur une chaîne gratuite, à une heure de grande écoute. Loin d’être un simple anti-héros, il représente à lui seul tous les pires côtés de l’être humain. Totalement impassible, parfaitement conscient du mal qu’il fait autour de lui, charismatique malgré ses mauvaises actions, il inspire autant la crainte que la fascination. Tout au long de la série, le spectateur suit donc le parcours de cet homme sorti de nulle part, qui s’adresse directement à lui et le rend à la fois témoin et complice, son passé étant dévoilé au fil des épisodes, quitte à le rendre (presque) sympathique. N’ayant aucune émotion, brisant le quatrième mur au détour de répliques désopilantes et bien écrites, Jim Profit fait du spectateur, impuissant, son confident voire son allié dans tout ce qu’il entreprend. Des liens amicaux et malsains se nouent, le personnage devenant presque attachant et pathétique à mesure que la série avance. Un contrat est dès lors conclu entre Jim et son public, l’un sait que l’autre ne dévoilera jamais ses activités car derrière un écran et l’autre accepte de garder le silence car il sait qu’il ne pourra pas agir.

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Au cours de la saison, Jim Profit est opposé à la responsable de la sécurité, Joanne Meltzer. Voyant d’un mauvais œil l’arrivée de Profit après que ce dernier a cherché à faire renvoyer un membre influent de la société, Meltzer se donne pour mission de le faire tomber, avec l’aide de Jack Walters, son collègue et allié dans l’entreprise. Creusant dans son passé, cherchant à déterrer le moindre indice compromettant qui pourrait le faire arrêter, la majorité de ses actions se soldent hélas par des échecs, sa cible ayant très souvent un coup d’avance sur elle. Rapidement, la série réussit l’improbable : faire en sorte que le spectateur prenne parti pour Profit et éprouve de la satisfaction chaque fois que ce dernier se tire d’un mauvais pas, alors que la conscience voudrait qu’il soutienne Meltzer, seule à garder un semblant de morale parmi ces costards blancs. Une chose impensable à une époque où des personnages comme J. R. Ewing (Dallas) étaient détestés et vus comme des monstres. Que ce soit par la réalisation, le scénario ou l’interprétation, tout est fait pour que le public soit du côté de ce faux héros dévoré par l’ambition qui gagne progressivement la confiance de ses pairs et peut ainsi agir en toute impunité. La série ne prend donc pas de gants et pose un dilemme dès le pilote : suivre Jim Profit dans sa quête de pouvoir pleine de destruction et de corruption ou rebrousser chemin, tout simplement. La relation public-Profit n’a pourtant rien de malhonnête car Jim ne ment jamais au spectateur. En s’adressant à lui directement, une confiance aveugle s’installe entre eux.

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Outre son ton et sa thématique directement empruntés au thriller psychologique, Profit est essentiellement construite comme un feuilleton aux actions rapides et successives. Ayant intégré une entreprise gérée par les Gracen, l’une des familles les plus riches et influentes dans le milieu de la finance, Jim Profit fait tout son possible pour les monter les uns contre les autres alors qu’ils font le deuil de leur patriarche, dont la mort est l’événement ouvrant la série. Ressortent de ces conflits différents secrets inavouables, non-dits, querelles et autres disputes, éléments appartenant généralement au genre du feuilleton de type Dallas, Dynastie ou Melrose Place et qui fonctionnent bien ici. En véritable tragédie moderne, où chaque personnage est un danger pour l’autre, la série fonctionne comme un pacte scellé entre Jim Profit et le spectateur, qui accepte presque de garder le silence sur les actions du héros. Le plus dérangeant lors du visionnage est que Profit n’obtient pas toujours ce qu’il veut en intervenant directement, mais en manipulant ses victimes qui, sans le savoir, l’aident à parvenir à ses fins. Profit fait ressortir ce qu’il y a de plus mauvais chez ses pairs pour les pousser à agir à sa place et lui permettre d’atteindre ses objectifs. Pour cela, il ne fait que miser sur leurs réactions comme n’importe qui miserait en bourse et observe de loin le résultat en jubilant intérieurement dans le but d’évincer un obstacle ou de se faire un allié. 

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Semant la paranoïa partout où il passe, Profit n’est pas le seul moteur de la série, qui rassemble une palette de protagonistes aussi tristes dans leur vie que délicieusement détestables. Entre un PDG en apparence patient et compatissant cachant une personnalité cupide et ayant des problèmes de couple, un vice-président alcoolique immature et impotent, cherchant à tout prix à obtenir l’approbation de son frère et délaissant son épouse, une belle-mère hédoniste et toxicomane vivant au crochet des hommes qu’elle rencontre, une secrétaire détournant des fonds pour financer des soins ou une responsable de la sécurité souffrant de traumatismes, tous sont les marionnettes de Jim Profit, tombent dans son jeu de manipulation aussi aiguisé que terrifiant et l’aident inconsciemment à se fondre dans la masse et le laver de tout soupçon. Pris au piège sans le savoir, ils sont les acteurs des machinations orchestrées par ce dernier et finissent par dévoiler certaines révélations parfois glauques et encore tristement d’actualité, le tout devant un spectateur partagé entre le malaise et la satisfaction de voir le héros remporter la victoire. À l’arrivée, l’ensemble est un savant mélange entre compulsion politique incarnée par une grande entreprise financière et critique du capitalisme, dans le milieu de la bourgeoisie et de l’aristocratie où chaque sourire, chaque geste amical cache une mauvaise intention.

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La force de la série réside également sur son traitement de la famille et les relations entre membres liés par le sang. L’entreprise Gracen & Gracen est ainsi le théâtre d’innombrables querelles et dissensions familiales, où chacun essaie de prouver sa légitimité et sa vraie valeur. Charles et Pete Gracen cherchent à montrer qu’ils sont dignes de leur père et de son héritage, malgré leurs conflits et tout ce qui les oppose, quitte à se mettre des bâtons dans les roues. Reprenant les rênes après la mort du patriarche, les luttes intestines pour savoir qui est apte à diriger la firme sont légion et font le sel de la série. Il en va de même pour les rapports entre Profit et Bobbi qui, en parallèle, n’hésite pas à le faire chanter à son tour, tous les deux se rejoignant sur plusieurs points, et lui rappelle son enfance avec un père négligent, la dimension paternelle étant effectivement très présente au cours des huit épisodes. Le spectateur retrouve ainsi l’influence de certaines tragédies comme Œdipe ou Le Roi Lear, dans les rapports entre personnages et le cadre spatio-temporel. Enfin, la série explore aussi cette tendance, parfois hypocrite, à assimiler l’entreprise à une famille dans laquelle chaque salarié, employé ou chef est un membre afin de les impliquer encore plus dans leur travail. Il n’en faut pas plus pour que Jim Profit se reconnaisse parfaitement dans ce cadre, ayant vécu au sein d’une famille dysfonctionnelle et abusive et n’ayant donc pas eu de modèle. 

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Au casting de la série, plusieurs visages connus des téléspectateurs sont à noter.


Le rôle du détestable Jim Profit est attribué à Adrian Pasdar, acteur et réalisateur américain né le 30 avril 1965 à Pittsfield, Massachusetts. Ayant grandi en Pennsylvanie, il est victime d’un accident de voiture qui met un terme à sa carrière sportive. Il intègre alors une troupe de théâtre local qui lui fait découvrir le métier de comédien. Après avoir obtenu un premier rôle au cinéma dans Top Gun, il est à l’affiche de quelques thrillers et films d’horreur (Aux Frontières de l’Aube, L’Impasse, Meurtrie). Mais c’est véritablement à la télévision qu’Adrian Pasdar se fait un nom. Outre Profit, il est connu pour ses interprétations dans les séries Mysterious Ways, Les Chemins de l’Étrange, Heroes, The Lying Game. Il joue également le général Glenn Talbot alias Graviton dans Les Agents du S.H.I.E.L.D. entre 2014 et 2018.


Lisa Zane joue Joanne Meltzer, la directrice de sécurité cherchant à faire tomber Jim Profit. Sœur aînée de l’actrice Billy Zane (Titanic), elle tient son premier rôle en 1989 dans le film Heart of Dixie, puis dans Gross Anatomy, Bad Influence et La Fin de Freddy : L’Ultime Cauchemar. Également scénariste et doubleuse, elle est apparue dans plusieurs séries télévisées, notamment La Loi de Los Angeles, Urgences, Dinotopia et Southland


Sherman Augustus est Jeffrey Sykes, avocat de la firme Gracen & Gracen qui s’associe à Joanne Meltzer dans sa quête de vérité sur Jim Profit. Acteur et joueur de football américain professionnel, il est surtout connu pour son rôle de Nathaniel Moon dans la série Into the Badlands et du lieutenant colonel Sullivan dans la quatrième saison de Stranger Things


Lisa Blount interprète Bobbi Stakowski, ex-femme du père de Profit, et donc son ancienne belle-mère. Hédoniste et toxicomane, ex-prostituée, elle est au courant des activités de Jim et tient à en tirer profit en le menaçant régulièrement de révéler ses méfaits s’il ne lui donne pas ce qu’elle veut. Nommée au Golden Globe de la révélation féminine de l’année en 1982 pour son rôle dans Officier et Gentleman, Lisa Blount est aussi connue pour avoir joué dans les films Le Prince des Ténèbres de John Carpenter, Nightflyers et Le Bazaar de l’Épouvante. Elle devient ensuite productrice à la fin des années 1990 et remporte en 2001 l’Oscar du Meilleur Court-Métrage pour The Accountant.


Parmi les autres acteurs notables, sont crédités Lisa Darr (les séries Ellen, Popular, La Vie Avant Tout, Life As We Know It), qui incarne Gail Koner, la loyale secrétaire de Jim Profit qui sait tout de ses méfaits mais accepte de se taire en échange d’une forte rémunération et d’un traitement pour sa mère malade, Keith Szarabajka (les séries Equalizer et Angel, les films The Dark Knight et Argo) qui joue Charles Gracen, président de l’entreprise au caractère bien trempé et passif-agressif devant reprendre le flambeau après la mort de son père, Jack Gwaltney qui campe Pete Gracen, président des acquisitions et ancien alcoolique voulant à tout prix montrer sa légitimité à diriger la firme. Enfin, à remarquer également, Allison Hossack (les séries Cobra, Hope Island, Kingdom Hospital et Le Diable et Moi) interprète Nora Gracen, épouse de Pete, fragile émotionnellement et souvent délaissée par son mari, qui devient vite attirée par Jim Profit après que ce dernier l’a séduite dans un but bien précis.

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Surprenante pour son écriture et son interprétation, Profit n’est pas exempte de défauts et a quand même plutôt mal vieilli. La mise en scène et la réalisation manquent de personnalité et sont très académiques, les conditions de tournage n’aidant pas vraiment et la télévision n’ayant évidemment pas les mêmes moyens que le cinéma. Les animations infographiques, à la pointe de la technologie pour l’époque, peuvent paraître désuètes et prêtent doucement à sourire, sans oublier les décors épurés et les costumes qui marquent le poids des années. La musique oscille entre le très bon, en particulier le générique, et l’inaudible lors de certaines scènes de transition. Heureusement, les thèmes abordés et le développement de la série au cours de ses huit épisodes en font un monument de macabre et de malaise, une description violente de la vie en entreprise au ton sulfureux et acide. En parallèle, les créateurs se permettent une critique assez violente de la télévision, élément régulièrement présent dans la série et qui pousse la réflexion encore plus loin. Vue comme une fenêtre sur le monde extérieur, au sens propre et figuré, la télévision est ici perçue comme une prison, notamment au regard de la situation du personnage et de son parcours. La série décrit une société marquée voire envahie par la télévision et encourage le public à s’interroger sur ce qu’il voit devant son écran, le renvoyant à sa condition de spectateur passif et de témoin complice des méfaits du héros, comme s’il cautionnait ses actions tout en sachant qu’elles ne sont pas bonnes. 

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Lancé en grande pompe par la chaîne FOX pour sa saison 1995-1996, Profit reçoit des critiques dithyrambiques avant sa première diffusion. La presse la considère comme la série la plus remarquable et innovante depuis Twin Peaks et la nouveauté la plus excitante de l’année car l’une des rares à mettre un héros détestable sur le devant de la scène. De plus, elle applaudit l’écriture et le traitement des personnages. Hélas, et malgré une promotion intense, l’accueil du public sera, lui, beaucoup plus glacial et vindicatif. Dès la diffusion du pilote d’une durée exceptionnelle de deux heures, le 8 avril 1996, la chaîne reçoit beaucoup d’appels et de plaintes de téléspectateurs mécontents, choqués par la nature du personnage, décrit comme un “Satan en costume”, et le ton très immoral de la série. Des associations de parents et autres assemblées religieuses déplorent le spectacle qui leur est imposé, en particulier la scène où Profit appelle Bobbi “maman” après que celle-ci l’a embrassé passionnément, et réclament à ce que la série soit purement et simplement retirée de l’antenne ou proposée à une heure plus tardive. Certaines stations locales de FOX menacent même de se désolidariser et de diffuser des programmes locaux en lieu et place de la série. 


Le public n’est pas le seul à se soulever. Plusieurs employés du milieu de l’entreprise et de la bourse sont, en effet, déçus et vexés de la manière dont la série les décrit. Une rumeur circule peu après selon laquelle Rupert Murdoch, fondateur de la chaîne, aurait objecté contre le regard sévère que la série porte sur le monde de l’entreprise. Rejetée en masse, boudée par le public, Profit réalise ainsi des audiences médiocres et ne parvient pas à capitaliser sur les scores réalisés par Melrose Place, diffusée juste avant. Cette chute brutale des audiences de semaine en semaine et la mauvaise publicité provoquée par la diffusion conduisent à l’inévitable : Profit est annulée et retirée de l’antenne après quatre épisodes sur les huit déjà tournés. La seconde saison envisagée par les créateurs, qui aurait vu Profit entamer une carrière dans la politique, est abandonnée et ne verra donc jamais le jour. Sans succès, Stephen J. Cannell essaiera pendant un temps de proposer la série à d’autres chaînes, notamment sur le câble et en particulier Showtime, qui diffusera un programme similaire quelques années plus tard (Dexter). Il s’agira également de la dernière série produite par Cannell, qui se concentrera exclusivement à l’écriture et la production de films et téléfilms jusqu’à sa mort en 2010.

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Entre-temps, la série a pu être achetée par d’autres pays et sera proposée en intégralité à l’international. Profit débarque donc en exclusivité mondiale sur les écrans de télévision français en 1997 sur la chaîne câblée Jimmy, où elle fait un carton. Dans le reste de l’Europe, la série est acclamée autant par la critique que par le public cette fois-ci et connaît donc une seconde vie, tout juste un an après son annulation. Les américains attendront, quant à eux, six ans avant de voir à la télévision les quatre épisodes non diffusés, en 2002, non pas sur FOX mais sur Trio, une chaîne du câble appartenant au groupe NBC. Par la suite, David Greenwalt et John McNamara collaboreront de nouveau ensemble à l’occasion de la série Ultime Recours, diffusée sur le réseau ABC entre 1998 et 1999, avant de prendre des chemins séparés. Greenwalt travaillera comme co-producteur exécutif des séries Buffy Contre les Vampires, Angel, Moonlight et Grimm, pour lesquelles il réalisera plusieurs épisodes, tandis que McNamara poursuivra en tant que scénariste, toujours pour la télévision (Le Fugitif, Fastlane, U.S. Marshals : Protection de Témoin, The Magicians). En 2001, le retour de Jim Profit est envisagé par Greenwalt, qui souhaitait intégrer le personnage dans la série Angel en tant qu’antagoniste, mais l’incompatibilité avec l’emploi du temps d’Adrian Pasdar, déjà engagé sur la série Mysterious Ways, Les Chemins de l’Étrange, et les problèmes de détention des droits de la série et donc du personnage, mettent un terme aux espoirs des fans de voir Jim Profit revenir à l’écran. Mi-2018, Adrian Pasdar révèle lors d’une interview que la série ferait l’objet d’un reboot supervisé par la réalisatrice et productrice Tawnia McKiernan, fille de feu Stephen J. Cannell et déjà derrière quelques séries comme Esprits Criminels. Le reboot est depuis toujours en développement.

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Fauchée en plein vol, Profit aura au moins le mérite de proposer un fin convenable, bien que plusieurs pistes ont été lancées pour une éventuelle saison, certaines intrigues restant tristement en suspens. La dernière scène sonne néanmoins comme une conclusion satisfaisante à une série à qui le public américain n’a pas donné l’occasion de briller et de prouver sa valeur. Inachevée mais remarquable et mémorable, Profit mérite son statut de série culte qui a marqué toute une génération de par son sujet inhabituel, son anti-héros abject et fascinant, son écriture acerbe et son ton résolument provocateur.


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