REGARDE LES HOMMES TOMBER Interview A.M.

© Leonor Ananké | HARD FORCE



Le hasard fait bien les choses. Car il aura fallu que mon lieu de villégiature durant les deux week-ends du Hellfest 2022 soit le même qu’Antoine, guitariste de REGARDE LES HOMMES TOMBER. Le courant passe entre nous, et de fil en aiguille l’idée d’une interview pour HARD FORCE s’impose. 

Retour sur notre échange, pile, pour l’anecdote, au moment où notre Ministre de la Culture débarquait en trombe avec une horde de journalistes à quelques mètres de nous !

 

Vous avez joué dimanche 19 juin lors du premier week-end du Hellfest, si tu peux nous donner tes impressions ?

C’était vraiment génial ! On avait déjà joué en 2017 et c’était déjà un super concert, pour cette fois on s’attendait aussi à quelque chose. En plus, c’était notre quarantième date. Nous étions donc super rodés. On a pu terminer les balances en avance et on s’est donnés à fond. J’ai discuté avec Clément de SVART CROWN sur le fait d’attraper l’extase du live. C’est quelque chose qui n’est pas facile à avoir, et moi je l’ai vraiment eue ce week-end. Je crois qu’on l’a tous eue.

En tout cas, la Temple était pleine à craquer à 15h. Est-ce que tu t’attendais à un tel engouement ?

Non, pas tout. Mais ça fait toujours plaisir de se retrouver face à cela. Autre chose qui est dingue : je suis assez sensible au fait que les gens restent ou pas. On le sait très bien, en festival, lorsqu’un groupe ne plaît pas, on dégage. Et de là où je me trouvais sur scène, j’ai vraiment eu l’impression que les gens restaient. Encore merci à ceux qui sont venus nous voir.

Vous faites aussi partie des trois groupes ayant eu l’honneur de jouer le Hellfest At Home en 2020, qui était donc retransmis en streaming. Qu’as-tu pensé de cette expérience ? Vous étiez bien en direct ?

Nous étions le seul groupe à jouer en direct. Nous avons été programmés pour le Hellfest 2020, après que le festival annule, et trois semaines avant cette diffusion, nous avons été contactés par le festival pour faire un live en streaming. Il s’agissait d’être diffusés avec ULTRA VOMIT et il y avait aussi STINKY, le groupe de hardcore nantais. Au début, nous avons trouvé cela un peu bizarre comme choix, puis on s’est dit qu’on allait le faire. On a aussi un peu imposé notre manière de voir les choses au niveau de la scénographie. Personnellement, je n’aime pas regarder les concerts de groupes en streaming, et il y en avait déjà plusieurs qui étaient sortis à cette époque. Mais l’équipe d’Arte qui travaillait avec nous était absolument géniale. Le réalisateur a exactement compris où nous voulions en venir. On a joué entre nous, en cercle. On ne voyait ni les caméras, ni les gens. C’était mortel !

Vous êtes des habitués des expériences live ; au moment où on se parle, vous allez d’ailleurs de nouveau jouer demain pour un concert très spécial avec HANGMAN’S CHAIR. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette association plutôt étonnante ?

Fin 2018, j’avais vu les FORTIFEMS dans un bar à Nantes, avant un concert d’Etienne Daho. Les FORTIFEMS, ce sont les graphistes qui ont créé tous nos artworks. Ils organisaient un événement sur Paris, ils m’ont juste dit qu’on serait dessus. Ils nous ont contactés par la suite, et le principe c’était qu’on ait carte blanche pour un concert au Trianon sur une vidéo qu’ils réaliseraient, pour un set de 45 minutes avec qui on voulait. J’avais rencontré Mehdi d’HANGMAN’S CHAIR deux ans auparavant. On s’était déjà dit qu’il fallait faire quelque chose ensemble, même si musicalement nous n’avons rien à voir. On avait parlé de pourquoi pas faire des concerts. J’ai alors appelé Mehdi pour lui proposer le projet avec HANGMAN’S CHAIR, et il était super chaud. On avait enregistré notre album en juillet 2019 et le concert était en septembre, on avait donc seulement deux mois pour travailler. Alors, on s’est dit qu’on verrait bien. On a bossé dans un studio à Paris, et voilà le résultat.

© Leonor Ananké | HARD FORCE



C’est donc plutôt une question de feeling et d’amitié. Penses-tu qu’il y aurait une complémentarité entre vos deux groupes, et peut-être un lien en commun ?

Exactement, c’est vrai que je raconte un peu trop les histoires de back-office et je n’aime pas vraiment cela. Si on parle de musique, HANGMAN’S CHAIR compose des morceaux très tristes, très pesants et avec beaucoup d’arpèges. On trouvait que parfois, leurs progressions d’accords pouvaient ressembler à ce que l’on fait. L’association s’est par conséquent faite assez naturellement. De plus, ils jouent en drop comme nous, mais juste un peu plus grave. Ils ont composé de leur côté et on a directement accroché. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on a travaillé les neuf titres en studio. On ne s’est pas envoyé de riffs par email, tout a été réalisé en live sans rien prévoir à l’avance. C’est ce que l’on a fait aussi pour le set du Roadburn, pour lequel nous avons ajouté un quart d’heure. J’en suis super fier car, par rapport à nos agendas, cela a été très dur à planifier, et aussi parce que c’est vraiment l’histoire d’un groupe de rock.

J’ai cru comprendre que cette association n’aurait plus lieu, c’est a priori la dernière fois lors de cette édition du Hellfest ?

Je ne sais pas si je peux confirmer. En toute honnêteté, on ne sait pas exactement où l’on va aller. On en discute. Les gens autour de nous nous incitent à faire un album. Pourquoi pas ? Ce qui serait génial, c’est d’aller jusqu’au bout du processus. Ce serait bien de rentrer dans tous les détails, dans les arpèges et les arrangements. Il faut savoir que HANGMAN’S CHAIR, ce sont des psychopathes des arrangements. Je suis sûr que travailler avec eux serait un plaisir et on pourrait vraiment faire honneur à notre collaboration. Mais encore une fois, un album, c’est du temps et de l’argent… Je ne peux pas en dire plus.

© Leonor Ananké | HARD FORCE



Vous avez joué plusieurs fois au Hellfest. Est-ce qu’il y a une édition – hormis celle-ci – qui t’ait marqué plus que les autres ?

Franchement, je dirais le dernier. Il faut savoir que notre premier concert en 2013 était une annulation. Nous nous étions retrouvés ici un peu par hasard et au dernier moment. On est venu, on a joué sans être payé et c’était une putain d’exposition. D’ailleurs, je trouve cela génial que ce soit la scène française qui puisse en profiter. Tu vois par exemple AGRESSOR, samedi dernier, c’était la branlée ! Ces groupes méritent d’avoir une grande scène. Donc, ce premier concert a compté aussi, mais à cette époque, je n’étais pas encore dans l’acceptation. J’avais du mal à jouer en public. Contrairement au dernier où ce n’était que du plaisir.

Penses-tu que le Hellfest a aidé au lancement de la carrière de REGARDE LES HOMMES TOMBER ?

Je n’ai jamais vraiment pensé à cela, mais si, un peu. En fait, dans l’histoire du groupe, il y a trois concerts marquants. D’abord l’ouverture pour ENSLAVED (en 2013 – NDLR), et là aussi c’était un remplacement de dernière minute. C’était génial, car déjà, je suis ultra-fan de ce groupe. Et puis, c’était à Paris devant beaucoup de monde. Nous n’avions quasiment jamais joué en dehors de Nantes, par conséquent c’était décisif. Après, il y a eu le premier Hellfest et enfin le Motocultor (en 2016 – NDLR). Mais il est vrai que le Hellfest, c’est le plus gros festival en France. Ils ont changé à jamais l’histoire du metal français. Je trouve ça bien qu’il y ait plus de groupes de la scène française, elle progresse. Venir jouer ici, c’est mettre un coup d’exposition et surtout offrir une scène immense au public. On peut donc dire qu’ils ont aidé toute la scène metal française. Evidemment, on se donne tous aussi les moyens de se développer à l’étranger, ce n’est pas que le Hellfest.

L’intérêt du Hellfest, c’est aussi de profiter de l’affiche comme un festivalier. As-tu vu des groupes depuis le début de l’édition ? Est-ce qu’il y en a que tu ne voulais surtout pas rater ?

Ce que j’ai préféré est assez varié, c’est comme quand j’étais plus jeune et que je venais ici. J’ai adoré ELECTRIC WIZARD, je trouve leur mise en scène mortelle : à la fin du concert ils ont mis des explosions de bombes nucléaires en boucle, il y avait une volonté de détruire le public. Il y a eu MAYHEM, DYING FETUS, AGRESSOR et forcement GOJIRA. Sinon, ce que j’attends demain, c’est tout simplement MERCYFUL FATE. C’est incroyable qu’ils jouent, car avec le COVID, ça avait été décalé. Ceux qui n’ont pas les moyens d’aller les voir au Beyond The Gates en Norvège, au moins ils passent en France. Je ne sais pas si on sera nombreux, car il y a METALLICA juste après. Ça fera le tri !

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© Leonor Ananké | HARD FORCE



Avec tout ce que tu me dis, j’ai envie de te demander quelles sont, avec le recul, tes vraies influences…

Elles sont très complexes. Au début de REGARDE LES HOMMES TOMBER, je ne composais pas. Par conséquent, je me suis forcement adapté à Jean-Jérôme, l’autre guitariste. Ensuite, sur le second album, j’ai commencé à “trouver ma place” et proposer des riffs. Mes influences sont donc extrêmement larges. D’un côté, j’ai grandi avec le post-hardcore et les groupes de black metal comme DRUDKH ou des formations très atmosphériques. C’est surtout SECRETS OF THE MOON avec son album « Antithesis » qui a changé ma vie à jamais, la manière de riffer et les sons clairs dans REGARDE LES HOMMES TOMBER sont influencés par lui. Je suis aussi un immense fan de black mélodique français. Il y a aussi un peu de cela qui est caché dans nos compositions. Et j’aime aussi le groove à la MORBID ANGEL.

Le black metal a connu plusieurs époques dans son histoire, du MAYHEM primitif des années 80 au WATAIN plus moderne des années 2000. Est-ce que REGARDE LES HOMMES TOMBER​ se revendiquerait de l’un d’entre eux ?

Il est vrai que certains ont mal compris nos intentions au début. Moi-même, adolescent, j’étais le premier à tout vouloir catégoriser, et j’ai voulu faire des groupes dans ce style. Mais REGARDE LES HOMMES TOMBER, ça ne marche pas comme cela ; c’est une réunion de personnes avec un seul objectif, avec tout ce qu’on a bâti autour du groupe : le visuel, les artworks, l’ambiance, et ce qu’on sait faire en répétition. On fait du black metal, mais d’une certaine manière, on fait plus que du black metal. Même le prochain album, je ne sais pas comment il sera. C’est justement ce qui est à la fois flippant et génial, on peut faire ce que l’on veut. Ce qui compte avec REGARDE LES HOMMES TOMBER, c’est nous cinq qui faisons de la musique. Sans tomber dans le cliché, c’est vraiment cela.

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Justement, votre dernier album à ce jour « Ascension » est sorti en février 2020. Avez-vous du nouveau matériel depuis ?

Nous avons déjà un nouveau morceau. Mais en huit mois, nous avons fait quarante concerts, donc nous n’avons pas eu le temps de composer. Nous sommes sur la route tous les week-ends. L’enregistrement de l’album « Ascension » a été une bonne expérience pour le groupe. On a appris à mieux se connaitre. Ce qui fait que pour le prochain, on verra, mais cela promet d’être explosif !

Quels sont projets de REGARDE LES HOMMES TOMBER d’ici la fin de l’année ?

Pour cet été, les festivals, du Resurrection Fest au Brutal Assault, un festival en Suisse et un autre en Italie. Après, on part pour 19 dates avec les Allemands DER WEG EINER FREIHEIT, avec qui nous avions déjà fait une tournée, et un groupe norvégien qui s’appelle BIZARREKULT. C’est vraiment bien, car sur cette tournée, on a joué aux Pays-Bas, en Angleterre et d’autres pays comme la Belgique, mais pas encore en Allemagne. Ensuite, il y aura d’autres concerts mais pour l’instant rien de plus précis.

Vous vous exportez bien en Europe…

Ça commence à bien marcher, et comme tous les groupes français, c’est ce qu’on veut ! La France est un grand territoire, donc déjà y tourner, c’est compliqué. Sur notre précédent album « Exile », j’étais très frustré, car on avait beaucoup joué en France, et comme les gens ne savaient pas vraiment comment nous catégoriser, on a fait des choses très différentes, parfois un peu trop crust à notre goût. On commence à faire des festivals à l’étranger, beaucoup de gens peuvent nous voir et ensuite, nous recevons des propositions pour jouer ailleurs. Par exemple, on a joué en Norvège à l’Inferno Metal Festival et c’est un peu un rêve de gosse.

Sur cette édition du Hellfest, tout le monde reprend une vie à peu près normale après deux ans d’abstinence. Rétrospectivement, comment avez-vous vécu toute cette période particulière ?

D’un point de vue personnel, c’était dur… mais cela a été difficile pour tout le monde. En revanche, pour le groupe, c’était une période prolifique. Au début, nous l’avons vécue un peu comme des vacances, mais il y avait beaucoup de stress avec la sortie de l’album. Puis, on a fait une résidence dans une salle de concerts avec notre équipe technique, pour bien travailler le show, ainsi que beaucoup de répétitions. Sans oublier le Hellfest From Home et la captation pour le Roadburn. Tout cela nous a permis de maîtriser l’album en live et de rester actifs. Si bien que lorsqu’on a repris les concerts en octobre 2021, j’ai vraiment eu l’impression d’être imméditament dedans.

Cela fait deux ans que vous êtes chez Season of Mist, que penses-tu de votre collaboration ?

Un peu comme tous groupes. Avant, nous étions chez Les Acteurs de l’Ombre, et comme on était l’un de leur plus gros groupes, nous étions bichonnés. Et quand tu changes pour un tel label, tu te retrouves un peu plus noyé dans la masse. Cela s’est passé à la sortie de l’album, il y a deux ans, et j’ai juste l’impression que tout a été parasité par le COVID, vu que c’est tombé deux semaines après la sortie. Nous verrons donc pour le prochain.

Je te laisse conclure, car je sais que tu as un message à adresser au public…

Merci à tout ceux qui sont venus nous voir sous la Temple, c’était fou ! Pour les jeunes lecteurs de HARD FORCE : faites des groupes ! Surtout maintenant, parce qu’il est bien plus facile de faire du metal. On va se créer une putain de scène avec des connexions entre musiciens. Pour qu’on soit bien représentés à l’international, et que la France prouve qu’elle a des groupes de dingues !

 

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© David Fitt | Seaon Of Mist


REGARDE LES HOMMES TOMBER Interview A.M.