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Présenté au Xbox and Bethesda Game Showcase en juin dernier, High On Life avait fait sensation par son univers barré et surtout l’intégration des Gatlians, ces armes à feu aliens vivantes crachant les munitions par un orifice disons… évident. Imaginé par Squanch Games, le studio de Justin Roiland, l’un des co-créateurs de la série à succès Rick & Morty, High On Life est disponible depuis le 13 décembre sur Xbox et PC, et réalise déjà un véritable carton sur Steam ou sur le Xbox Game Gamepass. Le jeu tout juste terminé après une vingtaine d’heures environ, nous sortons grandement satisfaits de l’expérience, pourtant entachée par quelques lacunes pas toujours très pardonnables en 2022, notamment son accessibilité.

High On Life = Middle On Game Design

Avant même d’évoquer le scénario, nous allons tout de suite aborder certains points qui nous ont semblé trop scolaires. Nous sommes certes en présence d’un titre double A, mais il nous paraît tout de même nécessaire d’évoquer la déception ressentie quant à l’aspect purement FPS.

Une petite collection de cartes pour varier les plaisirs.

Ce n’est pas mauvais en soi, loin de là, mais nous l’avons trouvé trop sage dans son game design. Par conséquent, l’ensemble manque cruellement d’originalité, contrairement à l’univers du titre plutôt bien ciselé. Nous ressentons assez peu l’impact des Gatlians, les armes vivantes et loquaces, sur lesquelles nous reviendrons plus tard.

Il manque assurément un petit quelque chose pour rendre les phases de combats intéressantes

Reprenant certains des codes du Fast-FPS de type Doom ou Quake, comme l’apparition d’ennemis en nombre, et la quasi-impossibilité de se mettre à couvert en misant majoritairement sur nos capacités à esquiver, la recette demeure bizarrement des plus fades et assez “molle du genou”. Il manque assurément un petit quelque chose pour rendre les phases de combat intéressantes. Et pourtant, les rixes sont dynamiques, mais entre la redondance du bestiaire et le manque de challenge, nous ne sommes pas à la hauteur de la concurrence à ce niveau.

Le Bounty-5000, portail interdimensionnel de téléportation.

En revanche, le titre de Squanch Games adopte un côté Metroidvania qui fonctionne mieux. En effet, nous débloquons de nouvelles capacités à chaque Gatlian débloqué, et nous serons ainsi invités à revenir dans les zones traversées afin d’explorer de nouveaux pans du décor, inaccessibles jusqu’alors. L’occasion de fouiller la moindre parcelle de niveau devient alors enviable tant elle regorge de surprises parfois hilarantes dans ce monde complètement fou. Après avoir sélectionné la mission, nous nous déplaçons vers l’objectif avec l’aide souvent bienvenue de notre assistant intégré à notre combinaison. Une brève pression sur le bouton haut de la croix directionnelle nous indique alors le chemin à suivre lorsque nous sommes perdus.

La toute première destination indiquée est d’ailleurs la boutique d’amélioration dans laquelle nous sommes accueillis par un commerçant et son ignoble rejeton. L’augmentation du bouclier ou de la barre de vie ainsi que l’ajout de mods pour les Gatlians n’auront véritablement d’intérêt que dans le mode de difficulté le plus élevé, et peuvent alors y être obtenus en échange de pesos, la monnaie locale.

Les boss ont tous leur…hum… particularité.

Mais tout cela coûte une somme non négligeable, il nous faut donc occire les différents boss aux patterns variés afin d’obtenir la prime posée sur leur tête, et découvrir un maximum de Lugloxes, l’équivalent de coffre de loot, au fil de nos pérégrinations. Pour cela, observer le décor dans le but de les dégoter devient une activité secondaire sympathique, mais donnera parfois du fil à retordre aux adeptes du 100%. Les plus rares, parfois très bien cachés, recèlent des cartes de collection ou des mods d’arme que l’on ne peut obtenir autrement d’ailleurs.

Trier les dossiers d’un boss pour le rencontrer, original.

Les gunfights et la recherche des Lugloxes ne sont pas les seules activités à effectuer dans le monde de High On Life. Notre attention est constamment déviée par des événements souvent sans queue ni tête, comme assister à une session de recrutement afin de rencontrer l’un des grands méchants, ou encore une mise à l’épreuve formulée par un trio d’enfants, nous incitant à les impressionner au skatepark par nos tricks de malade, mais sans planche à roulette. Ces moments apportent de la variété à l’ensemble afin d’éviter une éventuelle lassitude.

Techniquement solide depuis le patch de correctifs effectué day one

Pas toujours très inspiré sur le game design, High On Life s’en sort plutôt correctement sur le plan graphique. Exception faite de la zone des bas-fonds aux couleurs un peu plus ternes, c’est un déluge de couleurs vives et saturées qui fonctionne plutôt pas mal. Nous regrettons tout de même le peu d’environnements disponibles. Sans prendre en compte la planète Terre sur laquelle nous débutons, le titre se divise en quatre zones de taille convenables, elles-mêmes divisées en trois ou quatre sections chacune.

Fumer tue. Et ça bousille la mémoire.

La direction artistique adoptée nous a convaincu, avec un rendu graphique proche de certains films d’animation notamment pour la modélisation des humains, des boss et des Gatlians. Les PNJ extraterrestres semblent ne pas avoir bénéficié du même soin. En effet, à quelques exceptions près, nous nous retrouvons avec une flopée de clones rappelant Leela de Futurama, la tignasse en moins.

La faible diversité des adversaires rencontrés participent à la redondance de l’aventure.

Comme évoqué précédemment, le bestiaire manque également de variété. Mis à part les lieutenants de Garmantuous, le grand vilain du jeu, nous avons affronté assez peu de typologies d’ennemis. Cependant bien mieux réussis esthétiquement que les PNJ inoffensifs et n’offrant pas particulièrement de challenge, la faible diversité des adversaires rencontrés participent à la redondance de l’aventure. Il doit y avoir 6 ou 7 types d’ennemis différents : les soldats de mêlée et à distance, les snipers, les colosses (dont les 2 tiers possèdent de forts airs d’Abe le Mudokon), des drones et de rares formes d’insectes. C’est à peu près tout.

Cutie Town, ce moment d’anthologie.

Ayant reçu le code de téléchargement du jeu seulement la veille du lancement, nous avons tout de même eu le temps de remarquer des chutes de framerate ou des saccades lors de certaines animations, dont une grande partie ont été corrigées depuis la diffusion du patch de correctifs lors de la sortie du titre. Depuis, le jeu tourne dans un 4k60fps quasi impeccable, au vu des nombreux éléments affichés à l’écran. Pas de clipping à signaler non plus, graphiquement c’est plutôt agréable, et l’on peut dire que High On Life est techniquement une réussite.

La bande musicale nous semble malheureusement oubliable. La plupart des morceaux diffusés bénéficient de sonorités découlant d’un trip sous acides lorgnant sur le « Lofi », mais ne collant pas particulièrement à l’univers. Nous accordons une mention spéciale au thème principal des combats que nous avons trouvé absolument immonde.

Allons claquer de l’oseille.

L’ergonomie en berne

Nous notons en revanche quelques problèmes d’accessibilité. Il est à ce jour impossible de remapper les touches de la manette ou celles d’un clavier pour les joueurs PC dont la configuration par défaut est en QWERTY. Soulignons également l’étrangeté de l’attribution du bouton bas de la croix directionnelle pour s’accroupir, assez peu instinctive.

Nous pouvons même prendre place au cinéma.

Autre souci, plus dommageable à notre avis pour ceux qui ne comprennent pas la langue de Shakespeare, nous ne pouvons malheureusement pas retoucher la taille des sous-titres, ni même y ajouter une couleur de fond. Les textes défilant à une vitesse folle deviennent alors impossibles à lire tant ça bavasse à tout va, y compris dans les phases de shoot lors desquelles les non-anglophones vont probablement se sentir laissés sur la touche.

Nous n’allons pas vous cacher que cela nous a tout de même légèrement gâché l’expérience en début de partie. Nous avons un peu souffert, sur les deux premières heures de ce vilain sentiment d’être complètement largués, ratant ainsi la moitié des répliques, qu’elles concernent le scénario principal ou les blagues douteuses envoyées à la chaîne. Dans les options, nous pouvons diminuer le rythme des punchlines prononcées par les ennemis ou les Gatlians afin de rendre le titre plus accessible.

Le langage est particulièrement fleuri.

Certes, en les faisant un peu moins parler, nous gagnons un chouilla d’ergonomie, mais ce sera au détriment de quelques lignes de dialogues totalement “goldées” à côté desquelles il sera dommage de passer. L’absence de VF handicape sérieusement cette narration dynamique et totalement barrée. Heureusement, le doublage anglophone est assuré par un casting convaincant. Julian Roiland assure par exemple le doublage de Kenny lui-même.

Les Gatlians, ces compagnons improbables

Nous sommes interrompus dans notre session de jeux vidéo en début de partie par notre très sympathique sœur nous proposant un rail de coke avant de partir en soirée. Suite à quelques échanges verbaux reflétant parfaitement l’amour fraternel, nous sortons de la maison familiale lorsqu’une base alien apparaît dans l’impasse du quartier résidentiel. Des aliens au physique improbable en sortent alors, nous observons l’événement furtivement cachés derrière la voiture des darons. C’est alors que notre voisin grabataire s’avance vers eux en pétant un câble, et qu’il se fait goulûment avaler par Garmantuous, jumeau visqueux de Jabba Le Hutt et chef du cartel G3. Nos congénères étant a priori une bonne source de défonce pour les extraterrestres, Garmantuous décide alors de transformer le genre humain en marijuana intergalactique.

Le foyer familial subit la fainéantise de Gene.

Cette décision soulève visiblement un problème à l’un des lieutenants, qui se fait dézinguer sur la place publique. Notre héros décide d’en inspecter le corps et découvre alors Kenny, un Gatlian. Étonnamment loquace, celui-ci nous explique qu’il est en mesure de nous sauver… Après de nombreuses péripéties, nous allons devenir un chasseur de prime à l’aide de Gene, alien SDF borgne et amputé de ses jambes, qui va nous aider dans notre quête en échange du droit permanent à squatter le canapé et la TV du salon.

L’objectif est clair : sauver l’humanité. Nous devons éliminer un par un tous les lieutenants du cartel pour remonter jusqu’à Garmatuous. Aidé par les Gatlians que nous allons récupérer sur certains boss, notre héros va évoluer et peut être devenir la machine de guerre salutaire au genre humain. Le pitch de départ est bien sûr un prétexte pour rencontrer des personnages complètement barjos dans un univers qui l’est tout autant, à l’instar justement de Rick et Morty.

Les animations faciales sont réussies.

Les Gatlians qui nous accompagnent ont tous leur personnalité. Kenny, le pistolet en vedette, est plutôt du genre peu sûr de lui, allant jusqu’à bégayer. Gus est plutôt du genre bon pote et good vibes. Sweezy, le seul Gatlian de sexe féminin possède un caractère et un franc-parler bien trempé, à la fois râleuse et désobligeante. Quant à l’esprit de Creature, alias le simplet “Monsieur-j’aime-tout-le-monde” de service, il contrebalance magnifiquement le penchant psychopathe de Knighfey, le couteau-grappin qui s’excite à l’idée de planter tout et n’importe qui avec un sourire à la Willem Dafoe des plus dérangeants. Nous allons garder un petit secret pour nous en la présence d’un dernier luron, dont le potentiel n’est pas du tout marqué sur le front, mais qui réserve bien des surprises.

Tout cet arsenal est essentiel dans notre quête, car il anime une aventure qui serait bien plus morne sans sa présence. Les Gatlians réagissent à nos actions ou aux dialogues avec nos interlocuteurs en nous donnant leur avis, des suggestions ou en critiquant nos décisions, tout en faisant des mimiques criantes de vérité. Les animateurs ont fait de l’excellent boulot quant aux animations faciales de notre arsenal, y compris sur la synchronisation labiale .

Les rejetons de Creature actionnent certains mécanismes.

Ils possèdent chacun un tir principal, une attaque spéciale et diverses utilités. Kenny permet le tir de flegme, une munition visqueuse qui enverra les ennemis dans les airs nous permettant de les enchaîner avant qu’ils retombent au sol. Gus projette des disques de lave qui rebondissent sur les ennemis comme le bouclier de Captain America, ou que l’on peut tirer sur des murs dédiés afin d’en faire des plateformes sur lesquelles monter. La lunatique Sweezy peut créer des bulles temporelles tandis que Knighfey sert également de grappin avec sa langue bien fourchue, donnant l’accès à des tyroliennes salvatrices. L’idée des Gatlians est assurément bonne, et nous apprenons au fur et à mesure à nous attacher à eux.

Un festival d’humour et de situations improbables qui peut diviser

Quelques énigmes ponctuent l’aventure.

Nous aurions tendance à conseiller aux adeptes du politiquement correct de passer leur chemin sur ce titre irrévérencieux au possible. L’humour y est gras, potache, gore, parfois immonde. Rien ni personne n’est épargné. Et ça envoie du « pipi caca », des blagues douteuses sur le meurtre d’un enfant, des retournements de situation totalement loufoques à en pleurer de rire, comme celle où l’un des PNJ adverse fait popper un succès totalement gratuit dans le but de nous faire passer pour de gros pervers auprès de nos contacts dans notre liste d’amis Xbox. Cela ne s’arrête absolument jamais, les blagues s’enchaînent non-stop de l’intro jusqu’à la résolution hilarante mais néanmoins logique d’en terminer avec le boss final.

Les goûts et les couleurs hein…

High On Life lorgne parfois du côté de Postal à ce niveau, rarement dans la finesse, souvent dans la lourdeur. Parfois même dans l’absurde le plus total, nous avons ainsi une pensée toute particulière à la famille et au proche de ce boss maladroit qui meurt juste tout seul suite à de belles punchlines et une pause ridicule à la commando Ginyu de Dragon Ball Z, avant même d’enclencher l’affrontement.

Nous avons parfois honte de nous, comme lorsque nous nous sommes allègrement moqués de ce petit alien à face de cul, au sens littéral, ne pouvant lâcher que des pets par la bouche. Le voir gravir les échelons et devenir une star intergalactique tout au long de l’aventure, en lui fournissant un instrument traditionnel polynésien au préalable, nous a fait regretter le jugement de départ que nous avions à son encontre.

Ce PNJ réveille en nous des envies de meurtre.

Nous éprouvons en revanche beaucoup moins de remords face à deux ou trois PNJ absolument insupportables, intrusifs au possible nous procurant de réelles envies d’éteindre la console (pour ne pas dire autre chose), jusqu’à cette libération de pouvoir enfin les dézinguer après d’innombrables minutes nous ayant paru des heures interminables.

Le fameux quatrième mur.

Kenny brise régulièrement le quatrième mur, comme cette fois où il refuse de nous laisser tirer car c’est totalement immoral, avant de finalement nous laisser faire tant notre interlocuteur était insupportable. Malgré le fait que les dialogues ne soient pas toujours simples à suivre, il reste néanmoins largement de quoi apprécier l’aventure tant les situations vécues sont rocambolesques. High On Life détient aussi un nombre incalculable de références à la pop culture, et qui parleront autant aux plus jeunes qu’aux vieux de la vieille.

Les références sont nombreuses.

Parmi certaines que nous avons pu relever, nous pouvons citer pêle-mêle des allusions à Julien Doré, à Naruto, aux Pokémon, au Club Dorothée. Nous notons la présence de Susan Sarandon et d’un autre acteur bien célèbre dont nous tairons le nom lors d’un quiproquo hilarant, où la diffusion du film Tammy and the T-Rex sur la tv familiale, avec en tête d’affiche l’ancienne des années 90 Denise Richards (SexCrimes, Starship Troopers) et Paul Walker (Fast and Furious, Bleu d’enfer).

Ce ne sont que de rares exemples. Il y en a une pléthore absolue et si nous reconnaissons sans honte avoir été déçu par l’absence de voix françaises, sans nul doute en lien avec le budget important requis pour un studio de cette envergure, nous devons admettre que l’effort déployé dans l’adaptation à notre culture française est remarquable. Nous aurions aimé en dévoiler un peu plus mais ce serait vraiment gâcher certaines surprises qu’il faut absolument vivre soi-même.

Les mini-jeux sont parfois hors contexte, mais drôles.

Nous ne mentirons pas en disant que nous avons dû nous faire violence afin d’aller plus loin que le premier boss tant nous avons trouvé les deux premières heures fatigantes malgré une introduction tout de même réussie. Pas suffisamment à l’aise pour comprendre l’anglais oral pratiqué et submergés par cette frustration de rater quelque chose en ayant le temps de lire ou de comprendre seulement le tiers des dialogues sur cette portion du jeu, nous avons finalement beaucoup apprécié l’aventure au global. High On Life est à coup sûr un titre imparfait sur bien des points mais il nous paraît essentiel de vous encourager à lui donner sa chance, à condition de ne pas être réfractaire à son univers perché et décadent.

Testé sur Xbox Series X (optimisé)

Test – High On Life – Une bonne surprise à l’accessibilité discutable