Attention, psychopathe au volant !

Il grille des feux rouges, vous fait une queue de poisson sur l’autoroute, adresse des doigts d’honneur à la vieille dame qui ne roule pas assez vite devant lui : et si c’était un psychopathe ? Le terme est souvent galvaudé, mais il n’en reste pas moins que les chauffards semblent réunir quelques caractéristiques de la personnalité psychopathique : l’impulsivité (réactions sanguines à la moindre contrariété), le mépris des règles (la signalisation, c’est pour les autres), une empathie qui laisse à désirer (je me gare sur les places pour handicapés) et une recherche de sensations fortes (je commence à me sentir bien à partir de 180 kilomètres/heure). Ce parallèle va-t-il au-delà de la psychologie de comptoir ?

Pour le savoir, trois chercheuses des universités de Metz et de Nanterre ont poussé la porte des stages de récupération de points pour le permis de conduire, afin de distribuer des questionnaires mesurant différents aspects de la personnalité aux auteurs d’infractions les plus lourdes. Les participants ayant donné leur accord ont donc rempli ces différentes échelles mesurant à la fois l’impulsivité, la recherche de sensation, l’empathie et… la psychopathie.

Les outils psychométriques de mesure de la psychopathie ne livrent pas un résultat en « tout ou rien » : ils ne vous disent pas si vous êtes « normal » ou « tueur en série ». La psychopathie est ce qu’on appelle un « continuum », c’est-à-dire qu’elle est présente à des degrés très variés dans la population. Heureusement, elle est le plus souvent très réduite. La majorité des personnes ont des scores de psychopathie faibles, ou modérés. Une plus faible fraction se situe à des niveaux plutôt élevés, et environ 1 % à 5 % des individus obtiennent des scores très hauts qui dénotent une psychopathie préoccupante (mais tous ne passent pas à l’acte, heureusement !).

Ce que les recherches de Marion Karras, Antonia Csillik et Patricia Delhomme ont démontré, c’est l’existence d’une corrélation entre le score de psychopathie et le nombre d’infractions routières, ainsi qu’avec les comportements agressifs (comme le fait d’injurier les autres usagers). Autrement dit, l’individu qui manque de vous écraser en grillant un feu rouge, ou qui sort de sa voiture pour en venir aux mains avec un autre automobiliste, a statistiquement plus de chances d’être un psychopathe (au moins modéré) que la personne qui cherche à apaiser la situation par le dialogue.

Besoin de sensation ou mépris de l’autre ?

Reste à savoir ce qui anime le psychopathe du volant. Est-il mû par l’envie de se faire plaisir en roulant à tombeau ouvert, ou n’a-t-il tout simplement rien à faire des autres ? L’analyse détaillée des données obtenues par ces chercheuses a révélé que la recherche de sensations est effectivement impliquée, de même que le manque d’empathie. Mais il faut aussi ajouter l’impulsivité, c’est-à-dire la difficulté à prendre en compte les conséquences de son propre comportement : à eux trois, ces facteurs prédisent intégralement le comportement agressif vis-à-vis des autres usagers de la route, et partiellement le nombre d’infractions commises.

Comment espérer une circulation sûre, sachant qu’il y aura toujours des psychopathes ? Une solution expéditive serait de passer entièrement au véhicule autonome. Mais en programmant chez ces IA une impulsivité avoisinant zéro, une absence de recherche de sensations et un fort niveau d’empathie. Infaisable ? En tout cas, c’était la première loi de la robotique selon Isaac Asimov, le célébrissime auteur de science-fiction…

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