En public avec Riad Sattouf et la bd “L’arabe du futur” (tome 6)

Je m’appelle Riad. En 1994, j’avais 16 ans et j’étais un semi–psychopathe.”

Ce sont donc les premiers mots du volume 6 de “l’Arabe du Futur” et ça vous pose un homme.

“L’Arabe du Futur” est le récit de son parcours unique autant qu’il est une image de la France. Un pays où se faire la place dont on rêve lorsqu’on n’a aucun réseau est disons : “un chemin semé d’embûches”.

Il y a des deuils dans ce 6° et dernier volume. Des deuils et une naissance : la sienne, comme dessinateur.

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Extraits de l’entretien

Son bureau : un bazar d’enfer

Riad Sattouf explique où il dessine ses BD : « Depuis un tout petit bureau dans lequel, j’ai une table avec mes feuilles. C’est un énorme bazar. Je n’ose pas dire que c’est une poubelle, ce serait trop négatif. Mais c’est un désordre incommensurable. Je n’y ai rien d’accroché au mur, tout traîne parterre : de vieux papiers pourris de l’URSSAF jonchent à côté de dessins originaux… »

Une fascination pour les gros musclés de la pop culture

Dans ces BD comme Pascal Brutal, il est souvent fait référence à des gars baraqués : « Pour être sincère, je crois que c’est une attirance purement physique. Je pourrais trouver des raisons intellectuelles, mais je les aime pour leurs énormes biceps. Lorsqu’ils entrent dans une pièce, tout le monde les regarde en faisant « wahoo trop cool » et imaginent qu’ils ont dû avoir une vie sentimentale et sexuelle excessive.
Quand j’étais tout petit, j’étais beau avec mes grands cheveux blonds. Je pensais que c’était quelque chose d’acquis et que vers 18 ou 19 ans, je deviendrai extrêmement musclé comme Sylvester Stallone. J’imaginais que c’était le parcours normal d’un homme. Or, ça n’a été absolument pas le cas. Je me suis rendu compte aussi que la société attendait des choses pour être considéré comme un gars par les autres gars. »

À l’origine de Pascal Brutal

Comment est né le personnage de Pascal Brutal ? C’est simple, explique Riad Sattouf : « C’est un type qui existe que j’ai rencontré. Il est entré un jour dans ma vie quand je commençais à faire des BD. J’étais en atelier avec Sfar, Sapin et Blain. Un jour un type entre sans frapper. Assez baraqué, il a une nuque un peu plate et porte des lunettes Ray-Ban. Il me regarde faire. Puis met ses mains sur mon bureau : « Alors Toutouf, on continue à faire ses petites BD ? C’est bien, continue. » Puis il sort. Je me suis dit que j’allais faire une BD à partir de ce type. »

Une mémoire qui se déroule comme une pelote

Pour se rappeler de ses souvenirs, Riad Sattouf explique que : « C’est simple. Il y a des moments pivots dans mon histoire. Il suffit d’y retourner pour que l’univers se reconstruise autour : les décors, les vêtements des personnages, les odeurs… Comme des bulles de mémoires. Je me rappelle mieux de ces années-là que de ce que j’ai fait la semaine dernière. Ce n’est pas très rassurant. »

Apprendre avec Hergé

Le dessinateur se souvient : « J’habitais dans un petit village en Syrie, où il n’y avait aucun livre. Ma grand-mère bretonne m’envoyait des albums de Tintin de temps en temps par la poste. D’abord regardés par les services de censure, ils mettaient trois mois à arriver. Je les relisais en boucle. J’ai appris à lire le français dans les cases de Tintin. La description du monde m’est venue par lui, avec ses qualités et ses défauts. J’ai mis longtemps avant de me rendre compte qu’il n’avait pas de fille dans Tintin. Quand j’ai grandi, j’ai un peu rejeté le héros d’Hergé comme le font la plupart des dessinateurs. Je me suis rendu compte qu’il existait autre chose : Moebius, Druillet… Mais j’ai retenu qu’Hergé prenait soin du lecteur. Il le prenait par la main et lui expliquait tout. Il voulait qu’il comprenne bien toute l’action. Tintin est très bien écrit, très lisible. Les actions sont très claires. C’était accueillant pour le lecteur. Au départ, quand j’ai commencé à dessiner mes premières bandes dessinées, je crois que je voulais choquer. Je viens d’une que je viens d’une famille ou les gros mots étaient interdits. Dès que j’ai pu faire des livres, j’ai eu une libération totale, donc je faisais des livres violents, grossiers… J’adorais Crumb ou Villemin. Je voulais être de cette bande d’auteurs qui font des choses trash. Mais quand j’ai fait l’Arabe du futur, j’ai imaginé qu’il puisse être lu par ma grand-mère bretonne. »

Le dessin

Quel rapport Riad Sattouf a-t-il avec le dessin ? « Le dessinateur Émile Bravo m’a libéré sur le dessin. J’ai compris qu’il y a beaucoup de bandes dessinées très bien dessinées, mais aussi très ennuyeuses. Il existe des livres très mal dessinés, mais passionnants. La bande dessinée est une vraie langue, un moyen d’expression comme la littérature, l’art ou le cinéma. Dessiner me stresse à mort. Ça me plaît énormément. J’adore ça, mais ça m’angoisse. Je me demande toujours si j’arriverais au bout. Il y a des scènes que je déteste dessiner, comme les repas par exemple. »

Le tube de l’invité

Riad Sattouf a choisi de faire entendre Les gens qui doutent d’Anne Sylvestre. Il apprécie les gens sans certitude. Mais c’est plus fréquent de rencontrer l’inverse. Comme dans son village en Syrie, où ses cousins qui n’étaient jamais sortis de leur village lui comment vivaient les Français, comment se comportaient les femmes en France. Et il a aussi rencontré des gens qui lui expliquaient la vie au Moyen-Orient sans jamais y être allés. Pour le dessinateur, « c’est quelque chose de très humain. Quand on n’a pas d’expérience, on s’en imagine une et on pense qu’on sait déjà les choses. »

Programmation musicale

PIXIES – Vault of Heaven

Pour en savoir plus, écoutez l’émission…

En public avec Riad Sattouf et la bd “L’arabe du futur” (tome 6)