Procès des attentats: l’avocate de Salah Abdeslam demande au jury de “ne pas confondre Paris et Bruxelles”

Salah Abdeslam, “présenté comme ‘l’ennemi public n°1′”, selon les mots de Me Paci, “n’est pas poursuivi comme dirigeant d’une organisation terroriste”, a souligné l’avocate au jury. S’il a été condamné pour son implication dans les attentats de Paris de novembre 2015 à la réclusion criminelle à perpétuité, et pour la fusillade de la rue du Dries à 20 ans de prison, ces faits ne sont pas ceux jugés dans le cadre de ce procès, a-t-elle insisté.

Procès des attentats à Bruxelles : fin de la lecture de l’acte d’accusation, les accusés Salah Abdeslam et Bilal El Makhoukhi asbents

“La question qui va vous occuper et qu’il vous faudra trancher porte sur sa participation, fermement contestée, aux attentats de Bruxelles, commis alors qu’il était incarcéré. Il s’agira de ne pas confondre Paris et Bruxelles”, a souligné Me Paci, esquissant les traits de sa stratégie de défense et torpillant au passage l’acte d’accusation des procureurs fédéraux à “l’objectivité (…) bien subjective”, à ses yeux. Pour elle, la thèse du parquet fédéral selon laquelle Salah Abdeslam et Sofien Ayari ont bien participé à la mise en œuvre des attentats de Bruxelles sans les avoir commis, étant incarcérés à ce moment-là, “procède d’une interprétation subjective des faits”.

Me Paci a demandé au jury de ne pas condamner son client “pour ce qu’il n’a pas fait”, admettant que “l’évocation de son nom peut faire peur”. “Pourtant, vous entendrez les experts psychiatres vous expliquer à quel point M. Abdeslam est éminemment humain, et, tout sauf un psychopathe. Des faits graves (ceux de Paris) ont pu être commis par des personnes qui ne sont pas des monstres, ni des fous.”

Delphine Paci est également revenue sur les conditions de transfert des accusés détenus, qui ont fait l’objet de nombreuses discussions depuis le début des débats voici une semaine. “Si la parole a été prise ces derniers jours concernant les conditions de transfert, c’est parce que nous sommes persuadés que celles-ci impactent de manière négative le droit au procès équitable, et qu’elles nuisent à la libération de la parole. Les accusés sont maintenus dans des conditions psychologiques qui sont incompatibles avec le fait pour eux de participer à leur procès et de pouvoir se défendre.”

“Nous, avocats de la défense, nous nous lèverons, quand nous l’estimerons nécessaire, pour rappeler, amener, appuyer des éléments, défendre le point de vue de notre client. C’est une nécessité. L’accusé a le droit d’être entendu”, a-t-elle aussi souligné. “Il ne s’agira ni de stratégie pour faire retarder les débats, ni de stratégie visant à victimiser notre client, et, jamais de manquer de respect aux victimes.”

“Il est tentant de se dire que les accusés, toujours présumés innocents à Bruxelles, pour certains déjà condamnés à Paris, ont commis des actes sans aucun respect pour les institutions, l’État, les victimes, et que ce même manque de respect doit leur être appliqué. Ce faisant, la justice ne serait que vengeance, et la démocratie serait en danger”, a encore déclaré l’avocate de Salah Abdeslam.

Son client n’était pas présent mardi devant la cour pour entendre les débats, tout comme hier/lundi. Me Paci a précisé que M. Abdeslam était souffrant et qu’une consultation médicale au sein de la prison de Haren, où il est incarcéré, avait été demandée.

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